Deuxième édition du colloque international francophone sur le traitement de la dépendance aux opioïdes
2009 12 09

La seconde édition du colloque international sur le traitement de la dépendance aux opioïdes se tiendra à Paris (France), les 4 et 5 novembre 2010.


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Le modèle belge

Afin de compléter le passage en revue des principaux modèles d’organisation des services qui coexistent au sein de la francophonie en matière de traitement de la dépendance aux opioïdes avec une médication de substitution, monsieur Pablo Nicaise, sociologue au Laboratoire de Psychologie Médicale, d'Alcoologie et d'étude des Toxicomanies de l’Université Libre de Bruxelles, nous propose une description complète du « modèle belge » et des enjeux auxquels celui-ci est confronté, compte tenu des spécificités géographiques et socioculturelles qui sont les siennes.

Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements à monsieur Nicaise, pour sa généreuse contribution.

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Les traitements de substitution pour toxicomanes aux opiacés en Belgique
Quelques faits et points de repère du "modèle belge" (Version HTML)

Auteur

Pablo Nicaise — Sociologue
Laboratoire de Psychologie Médicale, d'Alcoologie
et d'étude des Toxicomanies
Faculté de Médecine - Université Libre de Bruxelles

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Mise en contexte

La Belgique est un petit Etat (environ 30.000km²), mais densément peuplé (10 millions d'habitants) ; membre de l'Union Européenne, dont la capitale, Bruxelles, est précisément le siège des institutions de l'Europe.
Malgré sa petite taille, la Belgique est un Etat multiforme, dans la mesure où y cohabitent 3 groupes linguistiques. Cette cohabitation a donné lieu au fil du temps à de nombreuses tensions politiques, et à un aménagement parfois complexe des structures de l'Etat, devenu fédéral depuis les années 1990. Près de 60% de la population parle le Néerlandais, et vit en Flandre, soit la moitié nord du pays. 30% de la population parle le Français, et vit en Wallonie, soit la moitié sud du pays. On y trouve également environ 60.000 Belges de langue allemande. Enfin, les 10% restants de la population habitent la capitale, Bruxelles, qui constitue une Région bilingue. 85% des Bruxellois sont francophones.
L'histoire moderne du pays, en ce comprises les politiques sociales et de santé, est fortement marquée par cette situation, et ce au moins à deux titres : d'une part, parce que les cultures des Flamands (germanique) et des Francophones (latine) signent des pratiques très différentes, tant en ce qui concerne la compréhension du phénomène-drogues en tant que fait social, qu'en ce qui concerne l'éthique des pratiques médicales (par exemple en matière de traitements de substitution) voire même les approches scientifiques de la question. D'autre part, parce que la répartition des compétences politiques en matière de Santé, dont une partie dépend de l'Etat Fédéral, et d'autres parties dépendent des entités fédérées (Communautés et Régions) engendre des singularités de part et d'autre de la frontière linguistique.

De manière générale, outre ces clivages linguistiques, la Belgique est un pays traversé par d'autres divisions assez marquées, notamment entre chrétiens et laïques, ou dans les domaines de santé, entre tenants de diverses Ecoles de pensée (psychanalyse versus neurosciences, par exemple). La Belgique est ainsi réputée pour sa culture du compromis, ce que les spécialistes nomment "démocratie de concordance" : un trait de caractère et un mode de gestion politique qui assure la cohabitation pacifique des divers segments sociaux. Ainsi, la plupart des décisions politiques sont l'objet de larges concertations avec des représentants de diverses organisations intermédiaires, entérinées ensuite par les instances de l'Etat. Les tensions politiques sont les plus perceptibles dans les domaines recouvrant des dimensions linguistiques ou éthiques, ce qui est évidemment le cas des toxicomanies et des traitements de substitution.

Enfin, il convient de signaler que la Belgique est géographiquement et linguistiquement encadrée par la France et les Pays-Bas, qui constituent sans aucun doute deux modèles relativement antithétiques de gestion politique du phénomène-drogues et des traitements de substitution. L'influence culturelle de ces deux voisins est importante en Belgique.

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Bref historique des traitements de substitution en Belgique

En Europe Occidentale, et donc en Belgique, ce que l'on a appelé le phénomène-drogues se cristallise et devient visible à la fin des années 1960. Il devient ainsi, peu à peu, une question pour les pouvoirs publics. C'est ainsi qu'à partir des années 1970, la plupart des pays européens légifèrent en la matière : loi de 1970 en France, Opium Act au Royaume-Uni en 1971, loi de 1973 au Luxembourg, loi sur l'Opium aux Pays-Bas en 1976, loi irlandaise de 1977… La Belgique ne fait pas exception, puisque la loi du 24 février 1921 "concernant le trafic des substances vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, désinfectantes ou antiseptiques" est profondément modifiée le 9 juillet 1975 pour s'appliquer spécifiquement à la répression de l'usage, de la détention et du commerce des drogues. Ces législations relèvent donc toutes du droit pénal.
Au cours de la même période cependant, quelques médecins belges, informés du développement des traitements de substitution à la méthadone aux Etats-Unis, entament des prises en charge expérimentales de patients toxicomanes avec cette technique. A cette époque où les toxicomanies constituent un phénomène émergeant et passablement méconnu, où le législateur s'aligne sur les politiques répressives qui se mettent en place à l'échelle internationale, et où les soignants, encore peu nombreux, ont presque exclusivement le sevrage et l'abstinence comme uniques réponses au problème, les traitements de substitution soulèvent de vives polémiques. La loi de 1921 interdisant "la fabrication, la détention, la vente, l’offre en vente, la délivrance ou l’acquisition à titre onéreux ou à titre gratuit de substances stupéfiantes, sans autorisation du Ministère compétent", une application stricte de celle-ci en interdit la pratique. Quelques médecins seront d'ailleurs traînés devant les tribunaux à ce titre.

Les années 1980 sont le théâtre d'une bataille administrativo-juridique, au sein du corps médical, entre les partisans, de plus en plus nombreux, de la pratique des traitements de substitution, et les opposants qui s'appuient sur la législation en vigueur. Surtout qu'au cours de la même période, le monde découvre le virus du SIDA, de nouvelles approches en matière de toxicomanies, telles que les techniques de réduction des risques et des dommages (Harm Reduction) voient le jour, et que les traitements de substitution sont une manière concrète de limiter le recours aux injections, principal vecteur de l'épidémie auprès de ce public.
Cette période de conflits aboutit finalement à une solution de compromis, une Conférence de Consensus, qui est organisée en 1994 à Gand. Cette Conférence de Consensus reconnaît enfin l'efficacité des traitements de substitution à la méthadone vis-à-vis des toxicomanies aux opiacés ainsi qu'en ce qui concerne un ensemble de conséquences sociales connexes. La Justice cesse alors d'appliquer la loi lorsqu'il s'agit de traitements de substitution, et s'en remet aux autorités médicales qui appliquent les recommandations de la Conférence de Consensus. C'est au cours de cette période de tolérance juridique que se développe la pratique de ces traitements à grande échelle, avec d'indéniables succès en termes de Santé Publique. Concrètement, à partir de ce moment, tout médecin qui se conforme aux recommandations de la Conférence de Consensus peut prendre en charge des patients toxicomanes par traitement de substitution.
En 1995, le Gouvernement fédéral adopte un "Programme d'Action Toxicomanie-Drogue", où il préconise la création de centres de soins dits "à bas seuil", appelés "Maisons d'Accueil Socio-Sanitaire pour usagers de drogues" (MASS), dans lesquelles la pratique des traitements de substitution est soulignée comme une méthode privilégiée. Il faudra toutefois attendre 2002 pour qu'une loi, modifiant la loi de 1921, reconnaisse enfin légalement la pratique de ces traitements, puis 2004 et 2006 pour que des Arrêtés Royaux d'exécution de la loi de 2002 mettent enfin cette loi en application.

Ce contexte historique et juridique explique que la Belgique ait été un terrain de prédilection pour le développement d'une multitude d'approches différentes. Notamment, les traitements de substitution se pratiquent tant dans des structures résidentielles (Hôpitaux Psychiatriques, Centres de court séjour) qu'ambulatoires, ainsi que chez des médecins en Cabinet Privé. Une mention particulière doit être faite pour les Maisons d'Accueil Socio-Sanitaire pour usagers de drogues (MASS).
Il reste à préciser que depuis plusieurs années, des chercheurs universitaires travaillent à la mise au point d'un protocole expérimental de délivrance d'héroïne médicale (dyacétylmorphine), qui vient d'être approuvé par le gouvernement fédéral malgré de nombreuses réticences, et qui démarrera à l'automne 2007.

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Quelques données chiffrées

Peut-être à cause de ses nombreux sous-ensembles et de la multiplication des approches cliniques et scientifiques, la Belgique ne possède pas de données chiffrées fiables et standardisées pour l'ensemble du pays et des secteurs de soins, quant au nombre de toxicomanes, au nombre de personnes dépendantes des opiacés, ou au nombre de personnes prises en charge par des traitements de substitution aux opioïdes. Diverses procédures de standardisation et d'harmonisation de collectes de données sont en marche dans le cadre de l'Union Européenne (UE). En effet, l'UE possède un Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT), situé à Lisbonne. Cet organisme fonctionne grâce à un réseau de "Points Focaux Nationaux", situés dans chacun des Etats membres de l'UE. En Belgique, c'est le "Programme Drogues" de l'Institut scientifique de Santé Publique (ISP, gouvernement fédéral) qui joue ce rôle. Etant donné la structure socio-géographique du pays, l'ISP fonctionne lui-même grâce à un réseau d'organismes représentant les entités fédérées.
A ce jour cependant, seules des études partielles sont disponibles. Chaque année, l'ISP publie un rapport national sur les drogues, transmis à l'OEDT. On trouvera donc de l'information sur ce sujet en se référant à ces rapports, disponibles à l'adresse http://www.iph.fgov.be/reitox/index.htm. En compilant diverses données régionales, l'OEDT a estimé qu'en 2003, il y avait en Belgique 2076 patients en traitement de substitution à la méthadone (Cf. http://stats06.emcdda.europa.eu/en/elements/nsptab08-en.html). Sachant que l'immense majorité des traitements de substitution en Belgique sont des traitements à la méthadone, il s'agirait plus ou moins d'une estimation du nombre de l'ensemble des patients en traitement de substitution. Toutefois, ces chiffres proviennent presqu'exclusivement des institutions spécialisées. Il ne prennent donc pas en compte les personnes en traitement dans des institutions non-spécifiques (par exemple, dans les hôpitaux psychiatriques), et surtout, le nombre très important de patients pris en charge par des médecins en cabinet privé.
Les études épidémiologiques partielles montrent toutefois quelques tendances générales : la grande majorité des toxicomanes aux opiacés seraient aujourd'hui pris en charge, d'une manière ou d'une autre, par traitement de substitution, l'âge moyen des usagers pris en charge tend à augmenter ces dernières années, passant de la classe d'âge 25-29 ans à la classe d'âge 30-34 ans, la majorité des patients sont de sexe masculin et de nationalité belge. Ce qui interpelle les spécialistes, dans la mesure où d'autres études montrent, dans d'autres domaines de santé mentale, des différences d'accessibilité aux traitements pour les personnes d'origine étrangère et pour les femmes.

Etant donné l'accessibilité étendue aux traitements de substitution en Belgique, il semblerait que l'usage d'opioïdes illégaux soit un phénomène relativement marginal en Belgique.

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Conditions de prescription de la médication

Avant toute chose, il est important de préciser que l'organisation du système de soins et de sécurité sociale en Belgique consacre la liberté thérapeutique des soignants et la liberté de choix des patients. Cela signifie que n'importe qui est libre d'aller consulter n'importe quel médecin de son choix, généraliste ou spécialiste, et d'en changer comme bon lui semble, indépendamment de la problématique, du lieu d'habitation ou d'un quelconque autre critère de sélection, tout en étant couvert par la sécurité sociale.
Par ailleurs, comme cela a été expliqué ci-dessus, la pratique des traitements de substitution en Belgique s'est développée dans le contexte d'un vide juridique, qui n'a été comblé qu'à partir de 2002. A l'heure actuelle, certains documents légaux de mise en application de cette loi n'ont toujours pas été approuvés. Il y a donc lieu de distinguer les conditions légales de prescription et les pratiques factuelles de celle-ci.

D'un point de vue légal, les médecins habilités à prescrire des traitements de substitution sont les médecins spécialistes ou médecins généralistes agréés, formés spécifiquement à cette pratique, ou qui disposent d'une expertise en la matière. Par formation spécialisée, on entend une formation organisée par des organisations scientifiques de médecins généralistes ou spécialistes, par un centre de traitement spécialisé pour toxicomanes, par un réseau de prise en charge de patients toxicomanes ou par une université. On demande ainsi aux médecins de s'inscrire auprès d'un centre spécialisé ou d'un réseau, qui jugera de la suffisance des connaissances ou de l'expertise du médecin en termes de pharmacologie, de littérature scientifique et d'expérience pratique. Depuis le deuxième Arrêté Royal (A.R.) de 2006, "Tout médecin qui prescrit des traitements de substitution à plus de 2 patients simultanément doit pouvoir apporter la preuve qu'il suit une formation continue, lit des articles scientifiques en rapport avec cette matière et participe aux activités d'un centre d'accueil, d'un réseau pour usagers de drogue(s) ou d'un centre spécialisé". Les médecins sont par ailleurs tenus de se conformer aux recommandations scientifiques en vigueur, à savoir les recommandations de la Conférence de Consensus, du suivi de cette Conférence, et des Avis du Conseil Supérieur d'Hygiène ; de veiller à l'accompagnement psycho-social de leurs patients, et de respecter un certain nombre de règles dans la tenue des dossiers médicaux .

D'un point de vue factuel, la situation est un peu différente. En effet, les règles édictées dans les textes mentionnés ont surtout pour objectif de couvrir légalement la réalité des pratiques antérieures, qui sont assez diversifiées en fonction du type de lieu où le traitement se déroule et selon la région linguistique.
Comme cela a déjà été mentionné, dans les faits, tout médecin, généraliste ou spécialiste, pour peu qu'il gère les traitements qu'il dispense et sa patientèle "en bon père de famille", est habilité à prescrire des traitements de substitution, quel que soit son rapport aux secteurs institutionnels spécialisés, ou son niveau de formation spécifique. Concrètement, les médecins sont libres d'accepter ou de refuser la prise en charge des personnes qui veulent accéder aux traitements de substitution. La réputation, le bouche-à-oreille, finissent par créer les conditions de véritables filières informelles d'accès aux traitements. On peut dès lors constater que les principaux médecins prescripteurs de traitements de substitution sont soit :

-des généralistes, des internistes ou des psychiatres qui travaillent dans les hôpitaux généraux ou psychiatriques, le plus souvent dans le cadre de consultations ambulatoires de suivi, ou en tant que traitement de maintenance pour des personnes toxicomanes hospitalisées pour d'autres indications que la problématique d'assuétudes ;
-des généralistes ou des psychiatres qui travaillent dans les institutions spécialisées, le plus souvent dans les structures ambulatoires ;
-des généralistes ou des psychiatres qui travaillent en Maison Médicale ou en Cabinet Privé, parfois au sein d'un réseau.

Il arrive même que le traitement de substitution soit assuré par un gynécologue, pour des patientes qui ont ce seul lien avec la médecine.

La grande majorité des médecins a commencé à pratiquer les traitements de substitution à la suite de la Conférence de Consensus de 1994. Les débuts ont été très expérimentaux : alors que certains médecins ont acquis une expérience étendue de la problématique, d'autres ont pris en charge quelques patients armés de leur bon sens clinique, et en considérant la dépendance aux opiacés comme une pathologie médicale courante : l'opioïde de substitution était alors considéré comme un simple médicament, dont la bonne gestion du dosage par le médecin devait permettre d'atteindre, à relativement court terme, la "guérison" du patient, à savoir son sevrage et son maintien définitif dans l'abstinence. Il est évident que la problématique des toxicomanies et des dépendances est éminemment plus complexe, et ces médecins, échaudés par de mauvaises expériences (rechutes, absence apparente de bonne volonté ou de motivation de la part des patients...), ont alors refusé cette pratique avec une énergie proportionnelle à celle qu'ils avaient investi dans l'espoir de soigner les toxicomanes.

C'est pourquoi les médecins plus expérimentés, ceux qui travaillaient dans les centres spécialisés, ceux qui connaissaient de manière plus approfondie la problématique et ses dimensions psycho-sociales, ont mis en place diverses initiatives en vue de former et de soutenir leurs collègues : groupes de formation continue, réseaux locaux de soutien entre médecins ou en collaboration avec d'autres acteurs socio-sanitaires comme des psychologues et des assistants sociaux, etc. On peut constater aujourd'hui que, sauf exception, les médecins prescripteurs de traitements de substitution sont tous impliqués dans l'une ou l'autre formule de contact avec le secteur spécialisé. Mais, outre les médecins pratiquant dans les centres spécialisés, la plupart refusent d'être étiquetés comme "spécialistes ès toxicomanies", et donc ne suivent qu'un petit nombre de patients toxicomanes (moins de cinq, voire un seul), et refuseraient d'en avoir plus. La mention de règles spécifiques pour les médecins suivant simultanément plus de 2 patients dans l'A.R. de 2006 a précisément été ajoutée à la demande des médecins ne suivant qu'un ou deux patients, qui ne souhaitaient pas s'investir dans des formations continues pour un si petit nombre de patients à suivre.

La situation est en fait un peu différente entre la partie néerlandophone et la partie francophone du pays. Schématiquement, on dira qu'il y a une proportion moindre de médecins qui prescrivent des traitements de substitution en Flandre, mais ceux-ci suivent simultanément plus de patients et dans un contexte plus institutionnalisé, alors qu'à Bruxelles et en Wallonie, une plus grande proportion de médecins suivent un nombre restreint de patients. Ces pratiques divergentes se constatent aussi en ce qui concerne les Centres "à bas seuil" appelés MASS. En effet, du côté flamand, ces institutions sont souvent des centres de référence pour l'accès aux traitements de substitution, alors que du côté francophone, ils sont considérés comme spécialisés dans les cas les plus lourds –socialement ou psychologiquement–, dans une palette plus élargie d'acteurs proposant l'accès aux traitements de substitution.

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Diversité des approches et des philosophies

La Conférence de Consensus de 1994 reconnaissait aux opioïdes de substitution divers effets positifs dans le traitement de la dépendance aux opiacés : réduction de la consommation d'opiacés et du recours aux injections, réduction de la mortalité associée à la dépendance aux opiacés, réduction des risques de contamination par les virus du SIDA et des hépatites B et C, et l'amélioration de la compliance thérapeutique des patients. Elle reconnaissait également des effets sociaux, professionnels et sécuritaires positifs connexes. Les opioïdes reconnus étaient la méthadone et la buprénorphine. Le cadre légal actuel reprend l'essentiel de ces conclusions.

Par ailleurs, la Conférence de Consensus reconnaissait trois modalités de traitement : "Les traitements à la méthadone sont généralement des traitements de moyenne durée (2-5 ans) ou sans durée déterminée [...] Les traitements rapidement dégressifs (3 semaines - 3 mois) connaissent également leurs indications [...] L'approche et le soutien psycho-social sont des facteurs essentiels d'amélioration des résultats thérapeutiques des traitements à la méthadone [...]" . Ces trois modalités recouvrent effectivement trois approches différentes dans la pratique médicale : le traitement de substitution à visée d'abstinence à moyen terme, le traitement de maintenance et le traitement de sevrage dégressif rapide.
Au travers de la recherche "Les traitements de substitution en Belgique", commanditée par les services de la Politique Scientifique Fédérale belge , il apparaît que diverses compréhensions des problématiques d'assuétudes se chevauchent chez les praticiens, et partant, que diverses philosophies de soins et de pratique des traitements de substitution cohabitent.

La grande majorité des médecins prescripteurs sont aujourd'hui expérimentés, au sens où la loi l'exige, c'est-à-dire qu'ils se tiennent au courant des avancées scientifiques, participent à diverses formes de formation permanente, et sont au contact des institutions spécialisées. Ainsi, ils ont globalement abandonné la vision simplifiée de la problématique ramenée à sa seule dimension bio-médicale, telle qu'elle déterminait généralement les pratiques au début des années 1990 ; et ils admettent pour la plupart que les médicaments de substitution ne peuvent agir seuls, comme le feraient des médicaments classiques. La majorité d'entre eux considère même que les dimensions psycho-sociales sont déterminantes. Malgré cette position de principe, on peut constater que la diminution progressive des doses avec une recherche d'abstinence à moyen terme reste l'idéal d'un grand nombre d'entre-eux. Les traitements à visée de maintenance sont donc la plupart du temps pratiqués par les médecins à défaut de mieux, dans l'attente hypothétique de circonstances qui permettraient éventuellement d'aller plus loin.

Bien que l'idée la plus couramment admise est que le patient cessera de consommer des drogues lorsque des changements seront intervenus sur les plans de sa vie psychique et sociale, peu de médecins se sentent habilités à travailler sur ces dimensions, et mis à part les médecins travaillant dans les institutions spécialisées, peu de médecins ont la possibilité de renvoyer leurs patients vers d'autres intervenants tels que les psychologues, psychothérapeutes ou assistants sociaux. Dès lors, ils considèrent que le patient doit "faire son chemin". L'objectif du traitement serait alors d'accompagner le patient en essayant de limiter sa souffrance : ces médecins parlent alors de traitement à visée palliative, ou se réfèrent au modèle des pathologies chroniques.

D'autres médecins, certes moins nombreux, ont une approche plus positive de la maintenance. Ces derniers considèrent plutôt que le traitement de substitution permet de neutraliser le rapport du patient au produit. Ce dernier étant accessible légalement, à moindre frais relativement aux drogues illicites, dont la qualité n'est pas en doute, et délivré sous le contrôle de professionnels, ce n'est plus "la drogue" qui est le centre d'attention de la relation thérapeutique, ni cette même "drogue" que le patient peut utiliser pour justifier ses douleurs, ses angoisses et ses souffrances, ni par son omniprésence, ni par son absence. La porte est alors ouverte pour qu'un processus de travail psychothérapeutique puisse s'occuper des autres souffrances, des autres angoisses, des autres dimensions de la personnalité et de la vie du patient, que ce travail psychothérapeutique soit mené par le médecin lui-même, ou qu'il soit mené en bonne entente avec un psychothérapeute. Ainsi, la maintenance, au lieu d'être une approche par défaut, constitue une technique ouvrant la porte à d'autres actes thérapeutiques.

Ces différences d'approche entraînent inévitablement des différences de pratiques concrètes, notamment en ce qui concerne la détermination du dosage. Les médecins qui poursuivent un objectif d'abstinence pour leurs patients, même lorsque celui-ci est pragmatiquement remplacé par une pratique de maintenance, tendent à viser une diminution régulière du dosage. Si le patient manifeste des signes d'affaiblissement, le médecin décide d'une (ré-) augmentation du dosage en attendant de nouveaux signes positifs. Chez ces médecins, le décours du traitement est donc souvent constitué de phases de diminution et de ré-augmentation du dosage en fonction des aléas de vie du patient. Il est important de signaler que souvent, les patients eux-mêmes sont demandeurs de diminutions de dose, qu'ils vivent comme un progrès, et le médecin a souvent la tâche de modérer ces demandes.

En revanche, les médecins qui travaillent plus explicitement dans une logique d'évolution sur les plans psychique et social ont plus aisément tendance à prescrire des dosages plus élevés et sont moins préoccupés par la diminution du dosage dès que possible. Il est toutefois difficile d'évaluer les capacités concrètes d'échange d'informations entre médecins et psychothérapeutes sur cette question. En effet, il serait logique de considérer que la maîtrise des dosages réponde d'une certaine manière à la dynamique du processus psychothérapeutique. Sans doute y a-t-il là un domaine à investiguer, encore passablement inexploré.

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Délivrance en pharmacie

Le modèle belge en matière de délivrance d'opioïdes en officines de pharmacie est à l'image des autres dimensions décrites ci-dessus : les pharmaciens restent libres, dans une large mesure, de délivrer ou non des traitements de substitution, et des modalités qu'ils appliquent à cette délivrance. Au cours des années 1990, la situation était parfois difficile, dans la mesure où seul un nombre limité d'officines de pharmacie délivraient ces traitements, et ces pharmaciens étaient alors confrontés à une arrivée massive de patients toxicomanes, perturbant le bon fonctionnement de leur activité. De même que les médecins, les pharmaciens ne souhaitent pas plus être considérés comme des spécialistes. Les associations de pharmaciens et les institutions spécialisées ont organisé diverses campagnes d'information et de sensibilisation, et ont permis qu'un plus grand nombre d'officines délivrent ces traitements. Dans les faits, à l'heure actuelle, des filières informelles sont également en place : institutions spécialisées, médecins prescripteurs et pharmaciens délivreurs se connaissent, communiquent relativement bien. Pour de plus amples informations sur ce volet, on se référera utilement à la recherche "Evaluation de la délivrance de méthadone en Belgique", également commanditée par les services de la Politique Scientifique Fédérale belge .

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Autres documents relatifs aux traitements de substitution en Belgique

Résumé : Les traitements de substitution en Belgique – Développement d’un modèle d’évaluation des diverses filières de soins et des patients (Pablo Nicaise ; Philippe Corten ; Isabelle Bergeret ; Iseult Baert ; Lucia Àlvarez Irusta ; Pr. Joris Casselman ; Karolien Mauwissen – Sous la coordination du Pr. I. Pelc - Laboratoire de Psychologie Médicale, d'Alcoologie et d'étude des Toxicomanies de l’Université Libre de Bruxelles; recherche commanditée par la Politique Scientifique fédérale belge) Document PDF 72,6 Ko

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